Bref les fumistes élevés à la merde à température ambiante, sont pour la plupart dans l'incapacité intellectuelle d'apprécier une telle musique.
Ce n'est pas du snobisme, c'est juste une réalité. Pour écouter Magma il faut être ouvert d'esprit tant cette musique est unique. Je sais vous entendez ce mot "unique" pour n'importe quel groupe qui fait sa promo à la radio, à tel point qu'il a perdu sa signification, pourtant c'est bel et bien ce qu'on ressent devant la puissance et l'originalité des compositions de Magma. Effectivement, pour chaque album (excepté les deux premiers, le double Kobaïa et 1001° Centigrades où Magma a encore la tête dans un jazz complètement baré), il n'y a rien de commun avec d'autres groupes de l'époque, et même d'aujourd'hui.
Christian Vander, le leader et l'un des meilleurs batteurs avec Art Blakey, par la vitesse (il peut aisément frapper 30 coups par secondes) et la technique (facilité déconcertante à enchaîner des mouvements très complexes à grande vitesse) est le principal compositeur de Magma, c'est lui qui a inventé le langage du groupe, le kobaïen qui naît en même temps que la composition. Il a une façon de composer relativement simple, au piano et à la voix, ce qui est atypique en revanche c'est l'état dans lequel il se trouve, une sorte de transe où il est complètement libre, et des morceaux excessivement ardues à jouer sans se soucier d'aucune règle et format, ce qui donne des rythmiques de 3/4, voire 7/4 ou même 13,5/4 (!!). Donc le coeur de ses composition est souvent le piano, et non pas la batterie, plus difficile à intercaler selon lui, mais fulgurante.
Vander ayant toujours été le leader, il a néanmoins toujours encouragé les autres musiciens à proposer des compositions, même si la plupart du temps elles n'étaient pas jouées, car trop éloignées de l'esprit de Magma. Citons-en quand même ceux qui ont réussi à se rapprocher du niveau de Vander, d'abord Jannick Top surnommé par les américains Mr. Big Bass, ça dit tout, auteur de la moitié de Üdü Wüdü où figure l'écrasant De Futura, pièce glauque de 20 minutes parlant vraisemblablement de la part maléfique de l'humanité, ou bien du futur humain sans Kobaïa peut-être. C'est le premier bassiste à avoir accordé sa basse comme un violoncelle afin d'obtenir une palette de sons plus riche, il travaille aussi la saturation de sa basse pour en sortir des sons jamais associés à une basse jusque là.
Puis ensuite Teddy Lasry, un flûtiste jouant en plus de la flûte traversière un saxophone soprano (comme John Coltrane...) auteur de deux pièces majeures de la première époque de Magma, d'abord Sohïa sur le premier album Kobaïa et surtout Iss, sa plus belle composition.
Pour ce qui est du personnel, Magma a vu passer plus d'une cinquantaine de musiciens (!!) dans les années 1970, Christian Vander, étant le seul membre constant. Ce changement permanent est pour beaucoup dû au caractère de Christian Vander, souvent lunatique et extrêmement exigeant avec lui-même et les autres musiciens. En effet, il interdit toute drogue à son groupe (fait rarissime dans le monde de la musique), la vie de Magma n'a rien à voir avec celle des vedettes lambda de la musique, plus feignantes et lorgnant sur le bénéfice qu'autre chose...
Christian Vander fait lever son équipe à 7h pour un jogging de 5 km, pour ensuite enchaîner non pas des répétitions, mais sur le travail de la technique de chaque musicien sur son instrument, jusqu'à l'obsession (certains oublient même de se nourrir!). Magma n'est pas là pour rigoler, fumer de l'herbe, ou se faire de l'argent non.
Magma est là pour faire de la musique. De la vraie musique.
Et cette musique, s'appelle la Zeuhl, un mot qui désigne en kobaïen un matériau céleste en constante vibration qui aurait mémorisé tous les sons de l'univers depuis sa création. Cette musique est très difficile à décrire, c'est une sorte de climat perpétuel basé sur l'obsession d'un thème, décliné le plus possible, jusqu'à l'obsession, jusqu'au dépassement de soi, bref jusqu'à la folie. D'un autre côté elle peut rappeler les marches par son aspect martial (notamment sur Mekanïk Destruktïw Kommandöh), mais est en même temps lumineuse, d'une beauté aérienne. La plupart du temps, la Zeuhl raconte une histoire, déclamée en kobaïen ou bien chantée par un choeur féminin d'une beauté à couper le souffle.
Les pièces de Magma racontent l'histoire de Kobaïa, planète lointaine où vit un peuple de paix, les kobaïens, ainsi le premier album (qui est un double) raconte l'histoire de Terriens qui décident de s'unir et de construire un vaisseau pour atteindre une planète encore inhabitée qu'ils nomment Kobaïa, ils quittent alors une Terre qu'ils savent condamnée, en proie à la guerre et à la violence. Commence alors l'histoire de Kobaïa, une histoire certes pleine d'espoir, mais aussi de violence non dissimulée.
En réalité la musique de Magma est comme un cri de rage contre la Terre et l'humanité, "race maudite qui dans son incommensurable orgueil et son insondable ignorance" a osé défier défier l'idée même de paix et de beauté. Mais peut-être que Vander fustige aussi la médiocrité ambiante, on sait qu'il ne supporte pas ce qu'il appelle "la gangrène musicale généralisée" id est l'argent et l'absence de risque qui prennent le dessus sur la musique en elle-même.
"Pour moi le jour où les gens auront des oreilles c'est quand ils se déplaceront pour aller voir un concert vraiment sérieux".
C'est grosso modo ce qu'il a dit lorsqu'il a finis le premier album du groupe, tout est dit. Car Magma contrairement à Claude François pour ne citer que lui, ne cherche pas ce qui va plaire au public, non Vander cherche la musique au fond de lui, sans faire de concessions financières, Magma ne fait pas de démagogie pour une maison de disque.
Le discours de Magma est souvent très radical, limite extrémiste. Insultes envers le public des groupes dont ils jouent la première partie. Par exemple Claude Engel le guitatiste des débuts ayant parodié sur scène le leader de Deep Purple devant un public indigné, ce qui provoquera une bagare généralisée entre Magma et Deep Purple, inutile de préciser que Magma l'a emportée.
Bref, Magma choque énormement les media français de l'époque, absolument pas habitués, d'une à une musique innovante, et de deux à un tel discours, avec eux, les faux débats et les gentilles polémiques n'ont pas cours. Tout est sincère dans leur musique ou leur discours, jusqu'à passer outre les conventions en usage, bien évidemment une attitude pareille leur attire les foudre de la presse généralisée et même musicale, excepté deux ou trois journalistes qui se passionnent pour ce groupe et sa musique, à l'instar d'Antoine de Caunes, futur animateur de Cannal+, qui ira jusqu'à écrirer un livre sur leur univers musical.
Le groupe, à une époque post-soixante-huitarde se voit coller la brûlante étiquette de fasciste ou encore nazi par une presse très orientée à gauche et qui voit d'un mauvais oeil ces extra-terrestres débarquer dans leur pays et s'attaquer aux valeurs musicales établies et déverser son flot de haine de l'humanité dans leurs instruments. Intolérable donc!! Intolérable une musique qui renie l'humanisme, une musique qui présente une Terre condamnée et surtout une musique qui innove quitte à balayer tout ce qu'on a pu entendre jusque là.
On peut dire que cela coûtera cher au groupe, mais il en rajoutera toujours dans la provocation.
C'est à cette époque là que se fera la réputation de Magma, à savoir un groupe dont la musique provoque soit l'adhésion totale, soit le rejet haineux. C'est le seul groupe qui provoquera des réactions aussi vives en France, ce qui aura pour effet de diviser le public en deux, les pro et les anti Magma.
Toutefois, ce groupe aura beau susciter une polémique en France, il ira néanmoins jouer à l'étranger, autre fait rarissime pour un groupe français, et chaque fois qu'il ira se produire à Montreux, aux Etats-Unis ou au Japon par exemple, le groupe rencontrera un énorme succès, ce qui fera paradoxalement de lui un ambassadeur de la musique française et européenne.
Toutefois sa reconnaissance internationale n'aura que peu d'écho dans les media français qui pourtant se plaignent continuellement de l'hégémonie de la musique anglo-saxonne... Mais bon, ils ne semblent pas comprendre que ce n'est pas avec Claude François ou de la variétoche chiante que l'on a une chance d'inverser la tendance...


